mercredi 25 décembre 2013

MUSIQUE. Live from KCRW. NICK CAVE & THE BAD SEEDS. (Pias).



Nick Cave est décidément en très grande forme! Entre deux dates de la tournée Push the sky away, il est passé par les studios de la radio californienne KCRW avec un groupe restreint, cinq musiciens au lieu des huit participant à cette tournée, devant un public de 180 chanceux. Le nombre réduit de musiciens permet d'entendre des versions plus épurées de quatre titres de Push the sky away et de quelques classiques de sa  longue checklist. Une énorme émotion se dégage de cet album qui est beaucoup plus qu'un simple "live". Les chansons, qui n'en manquaient pourtant pas, trouvent encore une nouvelle force. Le son feutré, les duos piano-violon, la voix profonde, font de ce disque un petit chef-d'oeuvre de rock crépusculaire et parfois inquiétant. Du très grand Nick Cave.

                                                  www.nickcave.com

dimanche 22 décembre 2013

MUSIQUE. Live at The Cellar Door. NEIL YOUNG. (Warner Bros).



Neil Young continue à fouiller dans ses archives pour notre plus grand plaisir. Les douze chansons de ce disque enregistré en public fin 1970 à Washington, quelques mois après la séparation de Crosby, Still, Nash et Young, deviendront presque toutes des classiques. Seul avec sa guitare et un piano, Neil Young donne la mesure de son immense talent. Le dépouillement, le son brut et chaleureux ajoutent encore à l'émotion de ces titres qui sortiront, pour certains, quelques années plus tard sur le mythique Harvest et le sombre On the beach. Les versions en acoustique de morceaux que l'on ne connaissait qu'orchestrés font de ce live un album à part entière. Et quel album!




mercredi 4 décembre 2013

LITTERATURE. ARNO CAMENISCH. (Editions d''En bas).

Arno Camenisch et Camille Luscher
Photo Patricia Coignard
Arno Camenisch est un jeune auteur suisse né en 1978 à Tavasana dans les Grisons. Auteur de prose, de poésie et de théâtre, il écrit en allemand et en sursilvan. Deux de ses livres ont été traduits en français: Sez Ner  (2009) et Derrière la gare (2010) qui sont les deux premiers volumes de sa trilogie dite "des Grisons".
Le titre du premier est le nom d'un pic de la montagne grisonne. Il est fait d'une suite d'esquisses sur la vie des travailleurs à l'alpage: bergers, fromagers ou porchers. Cette vie, Arno Camenisch la connaît bien puisqu'il l'a vécue enfant durant quatre étés. On est loin ici des éternels clichés sur la Suisse et ses habitants. Les récits sont à la fois ironiques et poétiques mais surtout d'une rare justesse due au regard aigu de l'auteur. On ne tombe jamais dans un folklore gentillet, la galerie de portraits, si elle n'exclut pas une certaine tendresse, n'est pas complaisante et les paysages ne sont pas ceux montrés sur les boîtes de chocolat. La montagne de Camenisch ressemble à celle de Ramuz, belle mais parfois inquiétante. L'antagonisme entre les gens du cru et les visiteurs est souvent présent. Là non plus les clichés ne sont pas de mise, il s'agit pour l'auteur de montrer les difficultés qui naissent entre le monde traditionnel des paysans qui disparaît, et un monde moderne avec ses passe-temps idiots, ses voitures, ses projets d'hôtels pour touristes qui méprisent ou  au contraire magnifient des paysages et un mode de vie qu'ils ne connaissent pas. La version trilingue: allemand, sursilvan et français, les trois  langues étant présentes sur chaque page, donne la sensation d'être au coeur  d'une  culture trop mal connue.
Derrière la gare est une suite d' instants de vie d'un petit village perdu dans la montagne, racontés par un jeune garçon aux yeux bien ouverts sur son univers . Avec fraîcheur, humour et poésie, il observe le monde des adultes d'un regard pénétrant et sensible qui va directement à l'essentiel et dont la naïveté, paradoxalement, prend la forme d'une extrême lucidité. Il n'y a pas de place pour l'anecdotique,  le gamin est immergé dans ce monde qui est le sien, parfois ennuyeux, parfois drôle et parfois cruel. Il y côtoie la naissance, la souffrance, la maladie, les déchirements et la mort. Si on excepte Les terres froides d'Yves Bichet (Editions Fayard), rarement un livre aura su aussi bien faire vivre le monde de l'enfance.
La traductrice, Camille Luscher, n'est pas étrangère à la réussite de ce petit chef- d'oeuvre. Elle a su recréer la langue avec ses mots inventés, ses libertés orthographiques, ses néologismes enfantins et le mélange des mots français, romanches ou italiens. Elle a participé à une nouvelle écriture du livre pour en faire un texte d'une belle musicalité, proche de l'oralité. 
www.arnocamenisch.ch
www.enbas.ch

dimanche 17 novembre 2013

POESIE .EDITION. DAVID GIANNONI. MAELSTROMREEVOLUTION.


David Giannoni est né à Nice en 1968. Il quitte la France pour l'Italie à l'âge de 15 ans avec ses parents, c'est là qu'il découvre la littérature, l'art et la poésie. En 1987 il s'installe à Bruxelles où il fonde Maelström, un projet culturel éclectique qui rassemble ses passions, privilégiant la diversité des arts et des cultures. Il dirige la revue du même nom, co-écrit des scénarios de films, travaille avec un groupe de rock théâtral italien, etc. En 2002 il fonde le réseau RéEvolution poétique avec ses amis Lawrence Ferlinghetti, Alejandro Jodorowsky, Antonio Bertoli, Marianne Costa et Martin Bakero. Les complices lâchent 50000 poèmes des hauteurs du Palazzo Ducale, à Gênes. Portés par le vent, les poèmes se disséminent dans toute la ville. Le soir-même, 500 personnes sont réunies pour écouter des textes. Le 11 septembre 2003, RéEvolution décide que l'anniversaire des attentats aux États Unis ne doit plus rester un anniversaire funèbre mais "un acte créateur et généreux". Les membres du groupe, considérant qu' "un livre est un symbole de liberté, de conscience et de tolérance", proposent à tous ceux qui le désirent de sortir dans la rue munis d'un livre qui "a changé leur regard sur le monde", de le dédicacer et de le libérer en le laissant "sur un banc, dans le métro, dans un café, à la merci d'un lecteur inconnu."
C'est en 2003 que David Giannoni donne à Maelström son statut de maison d'édition. Le but avoué est de réunir des auteurs reconnus et des jeunes talents, de façon à fonder une grande famille de la poésie vivante. En 2007, il devient directeur de la Maison de la Poésie d'Amay en Belgique. Depuis 2009, il a laissé la direction de Maelström RéEvolution à Dante Bertoni, désirant se consacrer à son travail de créateur et au fiEstival car le monsieur est aussi auteur, poète et performer. Il a publié deux Booklegs (voir article Laurence Vielle) chez Maelström:
# Oeil Ouvert, oeil fermé, une suite de très beaux textes que l'on pourrait qualifier de "philosophiques".
# Le laveur d'ombres, quelques nouvelles surprenantes, surréalistes et poétiques que l'on n' oublie pas.
Avec Daniele Bacci, il a publié une trilogie en Bande Dessinée "La face cachée de la ville".
Il semblerait qu'un autre Bookleg signé d'un pseudonyme pourrait lui être attribué. Nous croyons savoir duquel il s'agit mais nous laissons à l'auteur le soin de le dire ou non!
Le fiEstival est né de la volonté des organisateurs, à l'initiative de l'infatigable David Giannoni, de décloisonner les secteurs artistiques et de concocter une fête dédiée à la poésie, à la musique et à la littérature.
Cinq éditions ont eu lieu à Bruxelles depuis 2007. D'autres ont essaimé au Québec (2009), au Liban (2009), à New York (2010), en Terres amérindiennes (2011) ainsi qu'en Suisse (2001).
Voici quelques liens en rapport avec les nombreuses activités de David Giannoni qui, étant psychologue de formation, a également travaillé durant 13 ans dans l'aide aux sans-abri. Il a notamment été responsable de Espace de parole pour sans-abri pour le compte de la Région Bruxelloise.


                                        

mardi 5 novembre 2013

POESIE. LAURENCE VIELLE.



Photo Patricia Coignard

Laurence Vielle est née à Bruxelles, où elle vit toujours, d'un père suisse et d'une mère flamande. Elle aime les montagnes, la mer du Nord et la marche. Très tôt elle se passionne pour la musique des mots et étudie les lettres tout en suivant une formation théâtrale. Elle est à la fois poète, auteure, comédienne et metteure en scène. Son théâtre rejoint la poésie et sa poésie rejoint le théâtre, la ligne entre les deux est souvent ténue. Son travail est une poésie d'images plus que de mots, une poésie que la voix et le corps incarnent de belle manière: la dame est fascinante en même temps que d'un naturel désarmant. Elle se nourrit de la parole des autres, ceux rencontrés au hasard des rues et de ses déambulations. Cette parole, elle se l'approprie et la sculpte à sa manière bien particulière pour en extraire une poésie d'une grande humanité, parfois drôle, parfois triste mais toujours d'une extraordinaire justesse.
" J'aime marcher dans mon quartier, dans les rues,les campagnes et glaner: il y a des glaneurs de légumes, de boutons, de cartes postales, de rebuts, de bouts de ficelle. Moi ce sont les mots, les mots des autres, les miens, et les rythmes du monde. Puis, j'écris et j'aime dire ces mots-là. Je sens bien que le monde tourne de moins en moins rond; j'aime aller y chercher, y traquer, y guetter les battements d'humanité. Ce sont mes tambours. Je tente d'y accorder mon coeur."
Elle y accorde celui de son public par la même occasion.
Laurence Vielle aime allier sur scène différentes écritures: l'image, la danse, les mots, la musique etc. Elle travaille avec des artistes qu'elle retrouve sur son chemin: Jean-Michel Agiuss, Claude Guerre, David Giannoni, Hélène Labarrière...

Quatre recueils de ses textes ont vu le jour aux éditions Maelström:
# Bonjour Gaston. L'auteure rêve que tous, un jour aient un toit pour ne pas mourir de froid. Gaston permet l'articulation de magnifiques poèmes, Gaston que certains appellent le clochard mais que tout le monde connaît dans le quartier.
# Récréation du monde. La glaneuse de mots a rencontré Claude Guerre qui lui a proposé de faire un spectacle avec d'autres artistes, c'est ainsi qu'est né "Paroles en stock". Certains textes ont été écrits pendant une marche de 650 km (de Bruxelles à Paris) avec Jean-Michel Agius, et quels textes!
# Etat de marche. Cette édition fait suite à un spectacle du même titre avec Jean-Michel Agius (images, danse), Catherine Graindorge (violon) et Elie Rabinovitch (batterie). Elle est une sorte de compte-rendu poétique de l'aventure Paris-Bruxelles citée précédemment.
# Du Coq à Lasne. Le Coq est une petite ville flamande au bord de la mer du nord, Lasne un village en Wallonie. Laurence Vielle a décidé d'aller de l'un à l'autre... à pied. Ce
voyage a débouché une fois encore sur une création avec de nouveau Jean-Michel Agius et deux musiciens, Vincent Granger (clarinettes) et Helena Ruegg (bandonéon).

Il est important de signaler que ces quatre ouvrages sont des booklegs, c'est à dire des livrets d'action poétique créés par Maelström. Les booklegs font référence aux bootlegs musicaux, disques pirates vendus à une époque où internet n'existait pas. Ils sont également un prolongement des livres de poche de City Lights Books de San Francisco.
Vendus 3 euros, ils sont distribués le plus souvent en dehors des circuits habituels, lors des lectures et performances des auteurs. Ce sont des livres "vivants", des livres de rencontre qui redonnent à la poésie sa capacité à laisser son empreinte sur le monde et la sort d'un élitisme contraire à sa vocation première.
Nous vous présenterons MaelstrÖmreEvolution dans le prochain article.
Site de Laurence Vielle: www.etatdemarche.net
Site Maelström: www.maelstromreevolution.org




jeudi 17 octobre 2013

MUSIQUE. TONY DI NAPOLI. Pierres sonores.

Sculpteur et musicien, Tony Di Napoli a fait des études de sculpture à l'Académie des Beaux Arts de Liège. Il est très vite attiré par la pierre. Ses autres matériaux de prédilection sont les végétaux. Il complète sa formation chez des artisans tailleurs de pierre, notamment en Belgique, en Italie et au Népal.
C'est en 1994 qu'il réalise ses premiers instruments de musique en pierre (instruments  lithophones). Il répertorie  ces instruments qui existent dans le monde entier. Il suit une formation à Ho Chi Minh Ville auprès du musicien The Viên et apprend à accorder les pierres. En 2003 il donne un concert à Hanoi avec un groupe de percussionnistes traditionnels et le compositeur Vu Nhat Tan. Ce projet a pour titre Un rêve de  pierres et réunit différents sculpteurs et musiciens de la pierre. Un rêve de pierres se prolongera en Europe avec l'artiste sculpteur et historienne de l'art, Florence Fréson. Tony Di Napoli travaille ensuite pour le théâtre et accompagne des conteurs. Il collabore également avec la compositrice-interprète Paula Defresne sur des compositions de cette dernière, (compositions écrites pour clarinettes et pierres sonores) ainsi qu'avec de nombreux autres musiciens tels que le compositeur-contrebassiste Benoit Cancoin, le saxophoniste Eddy Kowalsky ou le percussionniste Lê Quan Minh.
C'est  avec ce dernier que nous avons eu la chance de l'entendre dans la petite église de Leschères (Jura). Les deux musiciens nous ont offert une musique cosmique au vrai sens du terme, jouant avec l'air et l'acoustique du lieu. Plus qu' un concert, c'est à une véritable expérience que le duo nous a conviés, une expérience sensorielle durant laquelle le corps tout entier est sollicité. Les sons d'abord feutrés, presque lointains parfois, explosent tout à coup comme un orage fabuleux pour revenir ensuite à une grave sérénité. Mais les mots ne peuvent traduire le déluge de sensations qui submergent l'auditeur, nous ne pouvons que vous inviter à faire l'expérience vous-mêmes! 
 Tony Di Napoli privilégiant la musique vivante n'a pas encore enregistré en solo , une seule vidéo  est visible sur Youtube.

http://dinapolitony.blogspot.fr/
http://www.lequanninh.net/?&lang=fr
http://benoit.cancoin.free.fr/

Merci à Saute Frontière de nous avoir permis de rencontrer de tels musiciens.
www.sautefrontiere.fr

samedi 28 septembre 2013

EVENEMENT POESIE. Pérégrinations dans les Montagnes du Jura. Du 8 au 13 octobre 2013.

Douzième édition des Pérégrinations littéraires, fêtes de la littérature et de la poésie un peu particulières. Il s'agit de se promener dans la nature en compagnie d'auteurs qui, à chaque halte, lisent leurs textes chez l'habitant ou dans des lieux marquants du Haut-Jura. Les amoureux de la nature y trouvent leur compte, ceux qui aiment la littérature et la poésie sont souvent comblés et ceux qui cumulent amour de la nature, de la poésie, de la musique et apprécient les rencontres essaient de ne jamais manquer le rendez-vous!
Cette année,  déambulations dans les paysages de tourbières, paysages qui nous ramènent à l'origine des temps, avec les mots de Marc Perrin, Laurence Vielle, Sebastian  Dicenaire, David Giannoni et Vincent Tholomé. Musique avec le percussionniste Lê Quan Ninh,  le musicien-sculpteur Tony Di Napoli qui fait chanter les pierres et l 'ensemble neo- baroque   [ fû ]- [ ga ] Consort...
 Rencontres avec des protecteurs de la nature, des éleveurs de poules bio, un facteur de viole etc.
Venez rejoindre ces drôles de pèlerins qui, chaque automne, parcourent les montagnes du Jura dans la poésie et la bonne humeur.
Programme sur le site de l'association Saute-frontière: www.sautefrontiere.fr

jeudi 12 septembre 2013

ALBERT JACQUARD.



Il n'est pas dans nos habitudes de tenir une rubrique nécrologique, mais nous ne pouvions pas garder le silence devant la disparition de quelqu'un dont nous avons chroniqué la quasi totalité des ouvrages et qui nous a, livre après livre, fait voir le monde sous un autre jour. Car Albert Jacquard avait cette capacité à nous pousser à réfléchir et à creuser notre réflexion bien au-delà de nos propres limites. En effet, l'homme avait un sens profond de la pédagogie et savait diffuser son savoir avec une simplicité désarmante.  Tout d'abord éminent scientifique, il est devenu au fil du temps un philosophe à la fois rigoureux et pragmatique. Dès son premier livre, il s'est attaché à démonter les arguments prétendument scientifiques sensés justifier le racisme et le refus des différences. Par la suite, ses engagements citoyens l'ont amené à militer sans compter pour défendre les plus démunis. Il était sur tous les fronts, manifestant pour les sans abris et les sans papiers, dénonçant avec une logique imperturbable les inégalités sociales, l'esprit de compétition et l'économie libérale. Rien de ce qui concernait l'humanité ne lui était indifférent.
L'homme n'est plus mais il reste son oeuvre et plus particulièrement ses livres qui abordent presque de façon exhaustive la plupart des sujets importants du monde du XXième siècle. Des livres d'une intelligence et d'une générosité sans égal.
Merci monsieur Jacquard.


Bibliographie non exhaustive:



  • Éloge de la différence, éditions du Seuil, 1981
  • Moi et les autres, éditions du Seuil, 1983
  • Au péril de la science ?, éditions du Seuil,  1984
  • Inventer l’homme, éditions Complexe, 1984
  • L’Héritage de la liberté, éditions du Seuil, 1986
  • Cinq milliards d’hommes dans un vaisseau, éditions du Seuil, 1987
  • Moi, je viens d’où ?, avec la participation de Marie-José Auderset, éditions du Seuil, 1988
  • Abécédaire de l’ambiguïté, Seuil, 1989
  • C’est quoi l’intelligence ?, avec la participation de Marie-José Auderset, éditions du Seuil, Collection : Petit point no 1, Jeunesse, 1989
  • Idées vécues, Flammarion, 1990
  • Voici le temps du monde fini, éditions du Seuil, 1991
  • Tous différents, tous pareils, éditions Nathan, 1991
  • Comme un cri du cœur, éditions l’Essentiel, 1992 (ouvrage collectif)
  • La Légende de la vie, Flammarion, 1992
  • E=CM2, éditions du Seuil, 1993
  • Deux sacrés grumeaux d’étoile, éditions de la Nacelle, octobre 1993
  • Avec Jacques Lacarrière, Science et croyances, éditions Écriture, mars 1994
  • Absolu, dialogue avec l’abbé Pierre, éditions du Seuil, 1994
  • L’Explosion démographique, Flammarion, collection « Dominos », 1994
  • Les hommes et leurs gènes, Flammarion, collection « Dominos », 1994
  • La Matière et la vie, éditions Milan, coll. « Les essentiels », 1995.
  • Paroles de science, textes présentés par Albert Jacquard,éditions Albin Michel, collection « Carnets de sagesse », 1995, 54 pages.
  • La Légende de demain, Flammarion, 1997
  • L’Équation du nénuphar, Calmann-Lévy, 1998
  • L'avenir n'est pas écrit, (avec Axel Kahn), Bayard, 2001
  • Paroles citoyennes, (avec Alix Domergue), Albin Michel, 2001
  • De l'angoisse à l'espoir, (avec Cristiana Spinedi), Calmann Lévy, 2002
  • La Science à l’usage des non-scientifiques, 2001
  • Ecologie et spiritualité, collectif, Albin Michel, 2006. 
  • Le monde s'est-il créé tout seul ?, collectif, Albin Michel, 2008.
  • Moi, je viens d’où ? suivi de C’est quoi l’intelligence ? et E=CM2, Éditions Points, Genre : jeunesse, 2009
  • Un monde sans prisons ?, éditions du Seuil, 1993
  • J’accuse l’économie triomphante, Calmann-Lévy, 1996
  • Le Souci des pauvres. L’Héritage de François d’Assise, Calmann-Lévy, 1996
  • Pour une terre de 10 milliards d'hommes, Zulma, 1997
  • Petite philosophie à l’usage des non philosophes, avec la participation d'Huguette Planès, Québec-Livres, 1997
  • Le Souci des pauvres, 1998
  • A toi qui n’es pas encore né(e), 1998
  • Paroles citoyennes, éditions Albin Michel, 2001. Avec Alix Domergue.
  • Dieu ?, 2003
  • Tentative de lucidité : recueil de quelques-unes des chroniques diffusées sur France Culture, 2003
  • Halte aux Jeux !, Stock, 2004
  • Nouvelle petite philosophie, avec la participation d'Huguette Planès, Stock, 2005
  • Mon utopie.Stock, 2006
  • Jamais soumis, jamais soumise (dialogue avec Fadela Amara), Stock, 2007
  • Le compte à rebours a-t-il commencé ?, éditions Stock, 2009
  • Le petit abécédaire de culture générale, collection dirigée par Philippe Delerm, 2010
  • Exigez ! Un désarmement nucléaire total, avec Stéphane Hessel et  l'Observatoire des armements, Stock, 2012
  • Dans ma jeunesse, éditions Stock.




dimanche 1 septembre 2013

LITTERATURE. GILBERT LEAUTIER.

Gilbert Léautier est un écrivain discret, pour ne pas dire secret. Il n'est pas de ceux qui hantent les plateaux de télévision pour vendre leur marchandise et donner leur opinion sur tous les sujets. L'inconvénient de cette discrétion dans un monde hyper-médiatisé est que son immense talent n'est pas reconnu, à notre avis, à sa juste valeur.
Né en 1945, il devient très tôt dramaturge et fonde le Théâtre du Béguin à Lyon. A 24 ans il reçoit l'Oscar de la création des mains de Jean Vilar. Il se tourne ensuite vers l'écriture radiophonique et ses pièces sont diffusées, notamment, sur la Radio Suisse-romande. Elles obtiennent en 1986 le prix radio de la SACD. En 1991, malgré une certaine notoriété,  il abandonne l'écriture pour se consacrer à la rénovation d'une forteresse du XIIème siècle, le château d'Aujac dans les Cévennes où il vit depuis 1974. Curieusement, lui jusque là très prolixe, dira qu'il avait fait le deuil de l'écriture. En 2007, son éditeur lui propose de rééditer "Pour planter des arbres au jardin des autres. Portraits cévenols". (1982), un volume de textes courts à la fois poèmes, récits, nouvelles  et portraits des austères Cévennes et de leurs habitants. Cette réédition décide Gilbert Léautier à reprendre la plume et, en 2008, sort un autre superbe ouvrage dans la veine du premier: "Pouvez-vous prouver que vous n'êtes pas un escargot?" . En 2010, c'est le non moins magnifique "Le repaire du dernier Cévenol" qui vient compléter la trilogie des portraits cévenols, suivi en 2011 d'une étrange nouvelle, "La mort Madame".
L'écriture de Gilbert Léautier est comme son pays, dense, solide, poétique et rythmée par le silence. Ses thèmes font qu'elle dépasse le régionalisme et côtoie l'universel, même si l'écrivain n'hésite pas à employer le langage parlé parfois émaillé de quelques mots en patois. Les phrases sont courtes:
"Assurément, ils ne sont pas causants, les gens d'ici.
Bâiller pour eux, c'est déjà un long discours.
Au maximum de la joie, ils crachent par terre.
Au comble du chagrin, ils hochent la tête.
Donnez-leur dix mots, ils vous en rendent quatre.
Avec eux, vous êtes toujours en déficit d'un silence.
C'est pas le pays des grandes phrases."
Les images sont fortes:
"C'est une route qui a oublié la règle.
Elle a été tracée au serpent."
ou:
"La cheminée, c'est la fenêtre de l'hiver."
L'humour et la tendresse ne sont jamais loin:
"Moi, mes morts se fendent la gueule!
ils ont l'os indiscipliné.
Ils rient à s'enrhumer."
Mais on pourrait citer chaque phrase tant le style est d'une beauté hors du commun.
Le seul défaut de Gilbert Léautier est d'être un écrivain trop rare et même si nous nous adonnons avec joie au plaisir de la relecture, nous attendons à chaque fois avec impatience le prochain livre.
Les ouvrages cités dans l'article sont édités par les éditions Alcide.







mardi 13 août 2013

ESSAI. Le mirage du gaz de schiste. Thomas PORCHER. (Max milo).


Ce petit livre va au-delà de l'essai, il met en garde les citoyens abusés par l'argumentation économique de ceux qui ne pensent qu'à faire de l'argent avec les ressources naturelles en méprisant l'environnement. Thomas Porcher, Docteur en économie, spécialiste du pétrole et chargé de cours à l'université Paris-Descartes, a décidé de rester sur le terrain économique et reprend point par point cette argumentation pour démontrer que le gaz de schiste est aussi dangereux économiquement qu'écologiquement. S'appuyant sur l'exemple américain, il nous prouve que ceux qui ont intérêt à défendre l'exploitation de ce gaz ne savent pas mieux réfléchir que compter... ou qu'ils nous mentent effrontément. Qu'il s'agisse des spéculations sur la création d'emplois, de la baisse éventuelle du prix du gaz et du pétrole, du gain de  compétitivité pour l'industrie, de l'indépendance énergétique... tout cela ne tient pas à l'analyse et reflète le cynisme ou les mauvais calculs des producteurs pétroliers et de ceux qui les protègent, que ce soit l'un ou l'autre, ce n'est guère rassurant.
Un livre à lire et à faire lire d'urgence, le débat en Europe a déjà commencé.
 
   
Nous avons dû supprimer la vidéo de l'interview de Thomas Porcher,la chaîne de télévision réclamant  ses droits d'auteur. Le gaz de schiste serait-il encore plus dangereux que nous le pensions? Laissez tomber la télé et procurez-vous le bouquin, il ne vaut pas 5 euros!

mercredi 7 août 2013

MUSIQUE. . J.J. CALE.



J.J. Cale nous a quittés le 26 juillet. Homme et artiste hors norme, John Weldon Cale né dans l'Oklahoma en 1938 grandit à Tulsa dans une famille modeste. Dès  son adolescence il rêve de vivre de la musique. A l'âge de 17 ans il commence à jouer dans les clubs locaux. Il enregistre son premier single à l'âge de 20 ans. Deux autres suivront sous le nom de Johnny Cale Quintet. Il joue avec Leon Russel, puis, en 1967 fait partie du groupe Leather Coated Minds qui sortira un unique album. En 1970, Eric Clapton reprend  dans son premier album solo " After Midnight", une face B d'un single enregistré par J.J.Cale en 1965. La chanson deviendra un succès. Devant l'engouement suscité par ce titre, son ami et manager Audie Ashworth l'encourage à enregistrer un album. Ce sera "Naturally" (1971), le premier des 16 albums studio qu'il enregistrera durant sa carrière. Ne désirant pas devenir une star, notre homme est très heureux de voir Clapton, Johnny Cash, Captain Beefheart, Lynyrd Skynyrd et quantité d'autres musiciens piocher dans son répertoire. Les royalties qu'il reçoit lui permettent une grande liberté tant dans sa vie quotidienne que dans sa musique. Il ne joue que pour le plaisir, évite les tournées pour lesquelles il faut prendre l'avion (qui lui fait  peur ), ne donne des interviews qu'au compte-gouttes, refuse de jouer dans des lieux trop grands, enregistre dans son propre studio, produit  ses disques seul etc. Il devient vite l'anti-héros du rock à tel point que ses chansons sont  plus connues que lui et sont même souvent attribuées à d'autres comme la célèbre "Cocaine". Après six albums , il quitte la ville et part vivre dans une caravane en Californie... sans téléphone! Il finira par s'installer dans une ferme à San Diego avec sa compagne et ses animaux. 
Sa musique est à son image, libre et attachante. En 1993, il confiait au magazine Guitare et Claviers: " Si enregistrer des disques m'amuse et que j'aime la musique, il y a toute une part de business qui me fatigue profondément". Il avait préalablement confié à Guitar World: "Je ne considère pas la musique comme un métier, on ne peut en parler qu'en terme de plaisir." Son country-rock teinté de blues, de jazz et de soul chanté d'une voix nonchalante et accompagné d'une guitare décontractée a donné naissance au "Tulsa Sound". Neil Young le tenait pour l'un des meilleurs guitaristes de rock avec Jimi Hendrix et l'a invité à tenir la guitare électrique pour l'album "Comes a Time".
Nous vous conseillons "J.J. Cale Live" tout d'abord parce que l'énergumène n'acceptait pas facilement de sortir de chez lui, ensuite parce qu'il est brillament accompagné, et enfin parce que les chansons sont superbement interprétées. De plus c'est le seul live sorti durant les trente premières années de carrière du bonhomme. Quant à "Naturally", il contient l'essence de tous les albums du  regretté troubadour.
 http://jjcale.com/top.html
http://www.jjcale.org/


jeudi 1 août 2013

PEINTURE. Auguste POINTELIN. Musée d'art, hôtel Sarret de Grozon à Arbois et Mairie de Mont-sous- Vaudrey (39). Jusqu'au 15 septembre 2013.

  Né en 1839 à Arbois  (Jura français), Auguste Emmanuel Pointelin est scolarisé au collège de la ville où il se distingue déjà en cours de dessin. Bon élève, il continue ses études et obtient une licence de mathématiques à Lille en 1863. Parallèlement, il s''est mis sérieusement à peindre. Pendant plus de deux ans, de 1867 à 1870, il quitte la France et vit en Moldavie. Il envoie néanmoins des tableaux au Salon des Artistes Français. En 1870, il devient professeur de maths et est nommé dans le Nord de la France où il enseigne jusqu'en 1876, année où il est nommé à Paris. Mais si les maths l'intéressent, sa passion reste avant tout la peinture. Il peint la plupart du temps d'après ses souvenirs du Jura. Louis Pasteur, originaire lui-aussi d'Arbois est l'un de ses premiers admirateurs. Entre 1807 et 1891, c'est un autre jurassien qui est Président de la République, il s'agit de Jules Grévy, né à Mont-sous-Vaudrey. Il transmet des commandes officielles à Pointelin pour les visiteurs de l'Elysée. Le peintre connaît alors une certaine renommée à l'étranger, notamment en Angleterre. En 1897, le professeur fait valoir ses droits à la retraite. Il a 58 ans. Il se retire à Mont-sous-Vaudrey où il peut enfin se consacrer entièrement à son art. Il mourra dans ce village en 1933, à l'âge de 93 ans.
Malgré des expositions à Anvers, Londres,Stockholm, au Japon ou aux États Unis, il ne connaîtra jamais une véritable notoriété. Très indépendant, il ne s'occupait ni des modes ni des goûts du public et il ne rejoindra aucune école, préférant creuser son sillon en solitaire.
Sa peinture sombre (certains critiques l'appelleront le peintre du crépuscule) n'a rien de décoratif. Il ne peindra jamais que les paysages austères de son Jura natal, désertés de toute présence humaine et éclairés par la lumière fugitive d'un soleil la plupart du temps déjà disparu derrière un horizon dénudé. Sa palette est d'une rare sobriété, presque minimaliste. Il ne jouera qu'avec le noir, le blanc, les ocres et les verts profonds. Quelques nuances bleutées allument parfois avec parcimonie les ciels plombés et les lointains brumeux. Chaque oeuvre est baignée d'une grave sérénité qui amène le spectateur à se confronter à sa propre solitude devant la nature. L'oeuvre de Pointelin a quelque chose de mystique sous des dehors naturalistes, c'est une peinture de recueillement et de silence.
Mais on ne peut pas parler de cet artiste sans parler de deux techniques qu'il a quasiment réhabilitées: le fusain et le pastels. Ce ne sont jamais de simples études mais des oeuvres
 à part entière qui ont occupé une grande place dans ses recherches. Contrairement à ses peintures qui donnent une impression de calme et de solidité, les oeuvres sur papier dégagent une grande énergie et la lumière semble vibrer. Le médium et le geste différent privilégient une relative explosion de la couleur et donnent naissance à d'autres paysages plus mouvementés, parfois à la limite du fantastique.
Pointelin s'est attaché toute sa vie à percer le mystère d'une région, sa beauté sans artifices et son éternité.
Les expositions de ce peintre sont hélas trop rares et nous remercions le musée d'art d'Arbois de nous offrir un tel cadeau. Nul doute que Pointelin finira par sortir du purgatoire des peintres et sera un jour estimé à sa juste valeur.
Il est possible de visionner quelques tableaux sur le site suivant:

dimanche 28 juillet 2013

BD. Le Décalage. MARC-ANTOINE MATHIEU. (Delcourt).



Vertigineux est certainement l'adjectif qui qualifie le mieux le travail de Marc-Antoine Mathieu. Chacun de ses albums est un petit chef-d'oeuvre d'imagination et de trouvailles plus que surprenantes  tant sur le fond que sur la forme. Le Décalage est le 6ème volume des aventures de Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves. Ce rêveur impénitent  tombe régulièrement de son lit et se retrouve tout aussi régulièrement projeté dans un espace-temps inconnu de tous. Ce matin-là, il ne se réveille pas pour le début de l'histoire, mettant dans l'embarras les personnages secondaires qui se demandent comment sortir de cette situation et errent sans scénario et sans héros dans le désert, "enfermés dans l'infini".
 Marc-Antoine Mathieu a bien compris que son médium, la BD, constitue un monde à part entière, possédant ses propres codes. Il en joue constamment. Il joue avec ses personnages et ses décors, bien sûr, mais également avec la technique, avec l'espace- temps, avec le support dans lequel ces personnages évoluent, un support limité par son format, ses cases et sa pagination. C'est ainsi que l'on se retrouve devant une case découpée dans le papier et qui sera la cause d'un rebondissement deux pages plus loin puisque l'image apparaissant dans la découpe s'inscrira  dans un contexte différent. Certaines pages sont volontairement déchirées, quelques cases  ne contiennent qu'un noir profond d'où émerge parfois un mot blanc, ces mots que l'auteur utilise comme Beckett ou comme Devos, avec un sens de l'absurde rarement égalé. La couverture en couleur surgit presque à la fin du livre, lorsque le héros finit par rejoindre ses acolytes et que l'histoire peut enfin commencer! 
Le lecteur va de surprise en surprise, l'esprit chamboulé par un monde dans lequel il perd pied, comme les personnages eux-mêmes dont l'un déclare: " Cette absence de contexte, ce manque de perspective, c'est évident, nous sommes dans le rien..." ou le héros absent, par l'intermédiaire d'un cartouche: "Plus rien n'était écrit... je ressentis soudain un intense flottement existentiel: non seulement il n'y avait plus d'histoire, mais de surcroît j'en étais exclu...". C'est cette non-histoire que nous sommes pourtant en train de lire avec une jubilation sans bornes, comme l'univers de Marc-Antoine Mathieu.
Du grand art. Si l'auteur se défend d'être philosophe, son oeuvre devrait, elle, figurer dans les programmes  de philo.! 
 
 
Bibliographie non-exhaustive:
#  L'Origine 
#  La Qu...
# Le Processus
# Le début de la fin
# La 2,333ième Dimension
# Le dessin
# Dieu en personne
# 3''

dimanche 30 juin 2013

SCULPTURE. OUSMANE SOW. Musée des Beaux Arts et Citadelle. Besançon.

Ousmane Sow est né à Dakar en 1935. A la mort de son père, il décide de partir à Paris (1957) sans un centime en poche. Il vit de petits boulots. Sculptant depuis sa plus tendre enfance, il rêve de suivre l'enseignement des Beaux Arts, mais faute de moyens financiers, il devient kinésithérapeute. Il sculpte en autodidacte pendant ses heures de loisirs. En 1984, il repart au Sénégal et ouvre un cabinet privé avant de se consacrer entièrement à la sculpture l'année de ses 50 ans.
Sa technique très personnelle est alors au point. Il construit des armatures faites de métal, de paille, de toile de jute et de matériaux divers. Il fabrique une pâte composée de terre, de minéraux, de végétaux et d'autres produits qu'il garde secrets. Cette pâte macère pendant des mois avant de pouvoir être utilisée pour recouvrir les armatures et être  modelée.
Ousmane Sow expose pour la première fois en 1988 une série maintenant célèbre intitulée Nouba. Sa carrière est aussitôt lancée. Il expose dans le monde entier ses séries dont la retentissante Little Big Horn, hommage aux Amérindiens. L'homme est toujours au centre de son oeuvre et l'artiste exécute un  grand nombre de séries consacrées à différents peuples africains: Masaï, Peulh et Zoulou.
Des bronzes ont été tirés de ses sculptures originales : La danseuse aux cheveux courts, Lutteur debout, La mère et l'enfant, Victor Hugo, Sitting Bull etc. mais ses oeuvres ne sont jamais aussi vivantes qu'à l'état brut. Ne dit-il pas lui-même que la matière le rend aussi heureux que la naissance de la sculpture?
L' artiste se veut raconteur d'histoires et ces histoires, il les raconte avec ses statues souvent monumentales qui doivent être en mesure d'être comprises par tout le monde, c'est pourquoi il reste résolument figuratif. On ne peut néanmoins parler de naturalisme et encore moins d'anecdotisme. "Je représente l'homme, c'est tout. Je laisse les images naître d'elles-mêmes" dit-il humblement. Peut-être, mais quelles images!
Vous pourrez les découvrir du 15 juin au 15 septembre à la Citadelle et au Musée des Beaux Arts de Besançon (25) qui ont rassemblé toutes les oeuvres appartenant encore à l'artiste, avant qu'elles ne rejoignent le Musée des grands hommes que Ousmane Sow est en train de construire à quelques kilomètres de Dakar. Comme un bonheur ne vient jamais seul, la série des Grands hommes sera présentée pour la première fois en France.
Site officiel Ousmane Sow: www.ousmanesow.com
Musée de Besançon: www.musee-arts-besancon.org







jeudi 20 juin 2013

MUSIQUE. The Soul of Spain. SPAIN. ( Glitterhouse).



En 1995, Spain était l'un des premiers d'une vague de groupes à concocter une musique mélancolique, cotonneuse et lascive. Il sortait  alors un album magistral, The Blue moods of Spain, une merveille que l'on a écoutée régulièrement jusqu'à aujourd'hui sans jamais se lasser. Le groupe était formé autour de Josh Haden, auteur, compositeur, chanteur et bassiste, fils du célèbre contrebassiste de free jazz Charlie Haden. Deux albums suivront qui, bien que très honnêtes, n'atteindront pas les sommets d' émotion du premier. Il faut dire que la barre était placée très haut. Après des divergences avec sa maison de disque, le groupe se sépare (2001). Haden enregistre un album solo afin de clore le contrat. Pendant de nombreuses années il travaillera avec d'autres musiciens, tout en composant ses propres chansons. C'est en 2007 qu'il commence à songer sérieusement à reformer Spain. Il le fait avec de jeunes musiciens: Daniel Brummel (guitars, vocals), Randy Kirk (piano, Hammond organs, electric guitar) et Matt Mayall (drums and percussion). Surprise, le nouveau groupe retrouve la magie de The Blue Moods of Spain  dix sept ans après la parution de celui-ci : une musique intemporelle, introspective et hypnotique. La nouveauté vient de deux morceaux plus nerveux  pour ne pas dire plus "rocks", Because you love et Miracle man. Espérons que nous n' attendrons pas dix ans avant la sortie du prochain album, même si celui-ci devrait nous faire vibrer encore quelques saisons.
Spain a vraiment retrouvé son âme.



vendredi 24 mai 2013

LITTERATURE. JON KALMAN STEFANSSON. (Gallimard).


Jon Kalman Stefansson naît à Reykjavic en 1963 d'un père maçon et d'une mère femme au foyer. Il y passe une partie de son enfance jusqu'à ce que son père et sa belle-mère (sa mère est décédée à l'âge de 30 ans) déménagent à Keflavic. Il interrompt son cursus scolaire obligatoire à 16 ans et part travailler dans une usine de poissons. Il reprend des études trois ans plus tard pour devenir astronome tout en continuant son travail. A 23 ans, il devient... policier à l'aéroport de Keflavic. Il avait posé sa candidature en apprenant que ce travail de surveillance lui permettrait de lire tout en étant payé!
Peu à peu, il prend conscience que l'écriture est sa voie. Il commence à faire des articles traitant de littérature pour un magazine et publie deux recueils de poésie à compte d'auteur avant de trouver un éditeur pour un recueil de nouvelles. Plusieurs romans se succèdent avant l'écriture de Entre ciel et terre, premier volume de ce qu'on appellera, faute de mieux, la trilogie du gamin. Les trois volumes ne sont en fait qu'un seul roman et il est conseillé au futur lecteur de les lire dans l'ordre de leur parution. Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le coeur de l'homme sont les seuls livres de l'auteur à être traduits (magnifiquement) en français. Le moins que l'on puisse dire est que nous avons beaucoup de chance de pouvoir découvrir cette écriture d'une fascinante beauté. Jon Kalman Stefansson est un conteur extraordinaire, il sait comme personne camper des personnages à la fois attachants et énigmatiques, au destin souvent tragique. Son récit habité par la mythologie islandaise n'en est pas moins universel par les thèmes qu'il aborde: la vie, la pauvreté, la maladie, l'injustice, la mort, la solitude, l'amitié et l'amour. Il fait des petites gens, des gens ordinaires, de véritables mythes. Son monde n'a pas de frontières: la frontière entre la vie et la mort est aussi floue que celle de la mer et du ciel, l'horizon se confond avec les nues quand se lèvent les interminables tempêtes de neige qui transforment le paysage en désert blanc où rôdent les fantômes et où les hommes se perdent,  ces hommes qui meurent parfois d' avoir été bouleversés par un poème. Car c'est cela aussi Stefansson, une poésie omniprésente. "La poésie habite  beaucoup plus de lieux que ne le soupçonnent la plupart des gens, tout le monde ne la décèle pas." disait-il à Thierry Guichard dans Le matricule des anges, ajoutant : "Et il nous  incombe d'être constamment en quête du poétique et de mettre son énergie en mouvement: la poésie n'est-elle pas la source d'énergie la plus puissante du monde, la plus inépuisable, celle qui est toujours là? La seule chose nécessaire pour la libérer, ce sont quelques mots. Et des yeux."
Jon Kalman Stefansson nous donne les mots et des images inoubliables, à nous de faire l'autre partie du chemin. Un grand écrivain est né. En sortant presque malgré nous de cette trilogie, nous ne souhaitons qu'une chose: la traduction des autres textes de l'un des auteurs les plus marquants de ce début du XXIème siècle. 
Nous conseillons vivement à ceux qui voudraient en savoir plus sur l'auteur de se procurer le numéro 139 (janvier 2013) du matricule des anges qui lui consacre un dossier de 10 pages. Le site:    http://www.lmda.net/

mercredi 15 mai 2013

MUSIQUE. ESTHER BURNS. INTERVIEW.

 
Esther Burns fait partie de ces quelques groupes presque marginaux parce qu'inclassables dans un monde où l'étiquette et l'emballage ont souvent plus d'importance que le contenu. Il faut dire que le travail du duo n'est pas facile à circonscrire : instruments acoustiques et machines électroniques se côtoient, les voix traversent le temps, le bruit des villes se mêle au bruissement des campagnes, les poètes répondent aux économistes etc. Sa musique est un voyage spatio-temporel, une expérience qui sait allier émotion et plaisir intellectuel. Nous avons essayé d'en savoir un peu plus sur cette alchimie  à travers ce qu'en disent ses auteurs.

Comment qualifiez-vous votre musique que l'on trouve au hasard des chroniques dans des rubriques variées: ambient rock, rock indé, musique expérimentale, post-minimalisme etc. ?
Difficile de répondre à cette question... pour tout dire, nous ne nous la sommes jamais posés. S'il faut vraiment chercher à définir la musique d'Esther Burns, le terme "musique expérimentale", qui n'a pas réellement de définition claire, semble le plus adapté dans la mesure où, même si notre musique reste très rythmique et mélodique, les sons utilisés et l'apport d'éléments sonores divers relèvent plutôt de l'expérimentation. En même temps nous allons vers une forme de minimalisme parfois, en épurant au maximum certains titres jusqu'à arriver à faire passer ce que nous voulons exprimer avec le moins d'artifices possibles... Vraiment, ce n'est pas évident de répondre à cette question ! 
 
Quel chemin parcourt-on quand on vient du blues et du rock pour aboutir à un projet
tel que celui d'Esther Burns ?  
Ça s'est fait assez naturellement puisque nous avons toujours été, l'un et l'autre, attirés par diverses musiques et également par des artistes qui expérimentaient d'autres manières d'appréhender aussi bien le blues que le rock. Des musiciens qui, par leur démarche, amènent à découvrir d'autres formes et à casser les barrières. Des gens comme Marc Ribot, capable d'accompagner aussi bien Allen Toussaint ou Tom Waits que de collaborer à des oeuvres expérimentales de John Zorn ou Mike Patton, mais également des groupes comme Godspeed You ! Black Emperor ou Thee Silver Mount Zion qui partent du rock pour aller vers des univers personnels plus expérimentaux. Et puis il y a sûrement l'envie, à un moment, de se libérer du carcan, un peu étroit parfois, des "codes" du rock et du blues, pour aller vers un mode d'expression qui n'a pas d'autres limites que celles que nous nous fixons.
 
Quelles sont vos principales sources d'inspiration ?
Elles sont musicales, bien entendu, avec une multitude d'influences, du Delta Blues à Sylvain Chauveau, en passant par Erik Satie, Ennio Morricone, Link Wray, Earth ou Tindersticks, mais aussi puisées dans d'autres formes artistiques: la peinture, la photo, le cinéma, la littérature. Tout ce qui nous touche profondément, l'Art Brut, la peinture symboliste belge, les oeuvres de Edward Hopper, de Sally Mann, de Jack Spicer, de Bela Tarr, de David Lynch, de Kaurismaki, de Jehan Rictus, de Bukowski ou de James Koller, joue un rôle dans l'univers d'Esther Burns.
 
Comment fait-on le choix d'utiliser des voix de personnes aussi différentes que les bluesmen Charley Patton ou Robert Johnson, l'économiste Milton Friedman, les poètes Bukowski et Jehan Rictus, l'écrivain Philip K. Dick ou l'éclectique Antonin Artaud ?
... on pourrait presque dire, naturellement! Les voix que l'on retrouve sur La valeur du vide se sont imposées à un moment donné sans que nous ayons une démarche particulière de recherche. Notre passion commune pour le Delta Blues explique facilement que l'on retrouve Charley Patton et Robert Johnson. Pour Artaud et Philip K. Dick, il semble, en dehors des qualités des oeuvres de l'un et de l'autre, que ce soit notre intérêt pour la psychiatrie et la frontière ténue entre normalité et anormalité qui nous ont amenés à faire ce choix. Et puis la voix d'Artaud est si particulière et expressive ! Quant à Jehan Rictus, c'est l'intensité de son phrasé, son vocabulaire... et bien sûr, la triste actualité de ses textes qui nous ont touchés. Concernant The Genius of the crowd, c'est un peu différent. Nous sommes tombés sur une vidéo de l'économiste Milton Friedman, l'un des chantres de l'ultra-libéralisme, qui faisait une intervention sur la cupidité d'un cynisme insupportable. Nous apprécions par ailleurs beaucoup la poésie de Bukowski et nous nous sommes souvenus du texte The Genius of the crowd. Il nous est apparu que ce serait une sorte de réponse parfaite à la médiocrité de la pensée de Friedman. Et après l'agitation de Friedman, entendre la voix rauque et posée d'un Bukowski désabusé qui dit son texte avec une sorte de détachement et en même temps une force incroyable, ça a été une évidence pour nous.
 
Comment composez-vous ?
Est-ce un travail en commun ou chacun apporte-t-il ses compositions ?
Comme plus de 600 kilomètres nous séparent, il a fallu trouver une manière de travailler adaptée à cet éloignement géographique. Nous cherchons donc chacun de son côté des idées, que ce soit une suite d'accords, une mélodie ou même juste des sons, et quand nous pensons que quelque chose peut entrer dans l'univers d'Esther Burns, nous nous échangeons ces idées par internet. Ça permet à l'autre de chercher ce qu'il pourrait apporter... ou pas d'ailleurs, au morceau ou à la base de travail proposée. Quand nous avons suffisamment avancé sur trois ou quatre titres, nous nous retrouvons quelques jours pour travailler les arrangements en commun et faire l'enregistrement définitif. Dans cette phase, nous avançons généralement très vite... on pourrait même dire comme un seul homme ! Cette facilité à créer à deux s'explique par le fait que, même si nous mettons beaucoup de nous dans notre musique, elle reste impersonnelle... ce n'est pas la musique de Philippe Sangara ou Emmanuel Chagrot, c'est la musique d'Esther Burns. Peu importe qui a composé tel ou tel morceau, qui joue quoi etc. Ça reste en dehors de tout problème d'ego, ce qui nous donne une ouverture totale à ce que l'un ou l'autre peut proposer. Il y a une alchimie, un équilibre qui s'est créé presque par antagonisme, l'un accordant une place prépondérante à l'intensité émotionnelle parfois au détriment de la forme, l'autre étant davantage attentif à la forme et au son, l'un étant dans une démarche très mélodique alors que l'autre est plus "rythmique" etc. Ce qui est assez étonnant, c'est que nous allons toujours dans le même sens sans avoir besoin de faire des compromis.
 
La valeur du vide et The Genius of the crowd ont été enregistrés "at home", hors le son a un relief étonnant qui semble demander un matériel sophistiqué. Comment travaillez-vous pour obtenir ce relief et ce grain très particuliers ?
Depuis le départ du projet, en 2008, nous étions en accord sur le son que nous voulions. Quelque chose de très brut, de très vivant avec du grain, un son beaucoup plus proche d'un enregistrement "live" que d'une production très léchée en studio... ce qui tombait d'ailleurs bien puisque nous n'en avons pas les moyens! Nous avons alors opté pour ce qui paraissait être le plus souple et le plus maîtrisable sans avoir de notions techniques approfondies d'enregistrement, la prise de son "at home" sur un multipiste numérique. Il y avait un risque à utiliser un enregisteur numérique pour un son que nous voulions chaleureux et vivant, mais comme nous jouons sur des guitares vintage, amplis et pré amplis à lampes etc. le grain était déjà bien présent. Nous faisons les prises de son avec deux ou trois micros que nous essayons de placer au mieux pour garder cette sensation d'enregistrement "live" avec la réverbération de la pièce et en conservant au maximum l'ampleur du son. Le reste se joue au mixage que nous réalisons sur un logiciel basique, avec lequel nous tentons d'apporter du relief, d'envisager le son comme une image, avec des premiers plans, des arrières plans etc. Pour "La valeur du vide", nous avons fait le mastering de l'album dans un studio professionnel, le Studio Mécanique à La Chaux-De-Fonds, en Suisse. Ça permettait de rendre le son plus "présent", d'avoir une meilleure cohérence de l'ensemble, un équilibre. Pour être complet dans la réponse, nous enregistrons les "field recordings", (NDLR: sons d'ambiance, mécanismes, grincements etc.) sur un petit enregistreur qui date un peu, mais qui nous donne entière satisfaction. Pour résumer, nous sommes loin du matériel sophistiqué !
 
Quels sont vos projets et vos envies pour l'avenir d'Esther Burns ?
Nous commençons à préparer un nouvel album qui devrait sortir à l'automne. Le point de départ de cet album, qui sera assez court, est un morceau que nous avons composé pour le showcase du label Entropy Records en décembre 2012 chez Souffle Continu à Paris. Ce morceau d'une dizaine de minutes est construit autour d'un texte de Jehan Rictus dit par le poète. Dès que nous aurons avancé un peu plus sur ce projet d'album, nous le proposerons à Entropy Records, label avec lequel nous avons sorti The Genius of the crowd et qui fait du très bon travail, avec passion et simplicité. En dehors de cet album, nous avons un autre projet qui devrait probablement voir le jour en 2014. Nous avons déjà commencé à y réfléchir et à chercher des pistes, mais c'est quelque chose d'assez difficile à appréhender. Nous souhaitons faire un disque où le blues et son lien étroit avec l'histoire des afro-américains seraient présents, mais replacés dans notre univers musical. Il est hors de question pour nous de faire un album de blues, ça n'aurait aucun intérêt ni aucun sens. C'est un projet qui nous tient vraiment à coeur, mais nous n'avons pas  encore véritablement trouvé sous quel angle l'aborder.
Les envies sont nombreuses... l'interaction entre les différentes formes d'art en particulier nous intéresse beaucoup et nous aimerions bien travailler avec des artistes évoluant dans d'autres disciplines artistiques, que ce soit pour une musique d'expo, une BO de film, l'illustration sonore d'une lecture, la mise en musique d'une pièce de théâtre, d'une performance etc. Rien de concret pour l'instant, mais si des projets intéressants se présentaient, nous serions très heureux d'expérimenter de nouvelles pistes de création.
 
Esther Burns :

Souffle Continu (disquaire indépendant) : http://www.soufflecontinu.com
 



 

dimanche 21 avril 2013

PEINTURE. FRANCISCO BORES.

Né le 6 mai 1898 à Madrid, Francisco Bores est décédé le 10 mai 1972 à Paris. Après des études à l'Académie de Cecilio Pla il participe aux salons officiels de son pays avant de gagner Paris en 1925. Il y rencontre Picasso et Juan Gris, précurseurs du cubisme. Il est dans un premier temps très influencé par le tavail de Juan Gris, même s'il sait garder sa propre personnalité. En 1927, il établit ses premiers contacts avec les marchands d'art et les galeries et signe son premier contrat avec la galerie Percier. Un article dans la revue Cahiers d'art lui ouvre des portes et l'amène à faire la connaissance des poètes et des artistes qui comptent dans le milieu culturel de l'époque: Max Jacob, André Breton, Aragon, Man Ray,Paul Eluard... Sa peinture devient moins abstraite après un séjour dans le Midi qui lui donne envie de peindre les paysages et leurs habitants. Il expose de plus en plus et, en 1931, la galerie Georges Bernheim lui organise une exposition individuelle à Paris. Sa carrière est lancée et ses peintures seront bientôt présentées  aux Etats Unis, au Danemark, au Luxembourg, en Suède et en Suisse.
Travailleur infatigable, le peintre se fait aussi graveur et illustrateur. Il réalisera en 1961 une série de lithographies pour les oeuvres complètes d' Albert Camus et une autre pour des poèmes de Federico Garcia Lorca. Il s'intéresse parallèlement au vitrail et expérimente le stylo feutre pour des dessins très travaillés.
La peinture de Francisco Bores emprunte au cubisme mais va au-delà de ce dernier par son dynamisme. Amoureux de la ligne, l'artiste possède en plus  une palette très subtile. Il est le peintre de l'intimité et de la joie de vivre, un poète de la forme et de la couleur. L'immense succès de ses compatriotes, Picasso bien sûr mais également Juan Gris a certainement quelque peu occulté son talent et nui à sa notoriété. Ceci est d'autant plus dommage que l'artiste a su créer son propre univers, un univers attachant qui mérite que l'on s'y attarde.
 http://franciscobores.com/


vendredi 12 avril 2013

BD. FRED.


Frédéric Othon Théodore Aristidès dit FRED vient de nous quitter à l'âge de 82 ans. Il naît à Paris en 1931. Enfant, il ne cesse de dessiner dans les marges de ses cahiers et dès l'âge de 15 ans il publie des dessins humoristiques dans OK. Étudiant, il dessine pour de nombreuses revues et journaux. Il rencontre Cavanna, Topor, Wolinski, Reiser, Cabu et le Professeur Choron avec lesquels il fonde Hara-Kiri. En plus du journal dont il dessinera près de 60 couvertures, il s'adonne à la BD et publie, entre autres, son premier chef-d'oeuvre Le petit cirque. En 1966, Hara-Kiri est interdit par le pouvoir, Fred se tourne alors vers Pilote et impressionne Goscinny par son imagination débordante. Il crée le personnage de Philémon dont il racontera les aventures en 16 superbes albums. Parallèlement, ne voulant pas être réduit à la paternité d'une seule oeuvre, l'artiste publie régulièrement de nombreux albums dont l'indispensable Le journal de Jules Renard lu par Fred, l'inénarrable L'histoire du conteur électrique ou le splendide L'histoire du corbac aux baskets qui a reçu l' Alph'art du meilleur album au Festival d'Angoulême en 1994. Il avait travaillé sur cet album à sa sortie de l'hôpital psychiatrique où l'avait conduit une grave dépression nerveuse.
L'oeuvre de Fred est d'une rare poésie qui n'a d'égal que son humour décalé et son sens extraordinaire de l'absurde. L' univers de l'auteur ne ressemble à aucun autre, le lecteur passe de la réalité au rêve parfois sans en prendre  vraiment conscience tant le surréalisme en fait intégralement partie. Pas une planche qui n' apporte son lot de surprises. Le dessin acéré, presque minimaliste est reconnaissable au premier coup  d'oeil. Rares sont les créateurs de BD à allier un si grand talent de conteur à un style de dessin aussi original.
Fred aimait écrire et non content de faire ses propres albums, il a travaillé pour d'autres dessinateurs et a signé 35 scénarios de courts métrages ainsi que quelques chansons pour Jacques Dutronc.
A la fin de l'année 2011, il avait subi une opération du coeur qui l'avait fragilisé, il voulait tout de même terminer la série de Philémon avec un ultime album dont il avait déjà dessiné les premières pages. Le train où vont les choses est sorti le 22 février 2013, un peu plus d'un mois avant son décès survenu le 2 avril.