vendredi 21 mars 2014

LITTERATURE. LOUIS PERGAUD. LES RUSTIQUES. (Mercure de France)



On réduit bien souvent Louis Pergaud à sa fameuse Guerre des boutons dont on a tiré beaucoup (trop) de films, celui d'Yves Robert (1962) étant, à notre avis, le seul à pouvoir rivaliser un tant soit peu avec le roman. L'engouement pour cette histoire est compréhensif mais ne doit pas occulter le reste de l'oeuvre et tout particulièrement Les Rustiques, un recueil de nouvelles qui, avec humour souvent, avec tendresse toujours et avec cruauté parfois, racontent les habitants de la Franche-Comté profonde avant la première guerre mondiale. On  a quelquefois  reproché aux livres de Pergaud d'être "datés". C'est vraiment ne pas savoir les lire! Reproche-t-on aux classiques d'être datés?  Si ses personnages n'évoluent pas dans l'environnement standard du XXIe siècle, ils y seraient souvent transposables. Peut-être faudrait-il que les critiques vivent ailleurs que dans les grandes villes ou viennent de temps à autre se frotter au monde rural: ils se rendraient compte que la vie n'y a pas radicalement changée... et l'homme encore moins. Il existe encore dans les campagnes beaucoup de "gros Léon", de "Zidore" et de "père Milot", même si au premier abord ils ne paraissent pas aussi rustiques. Peut-être est-ce cela qui fait peur à ceux qui voudrait que l'homme d'aujourd'hui ne soit plus celui d'hier? Dans Les Rustiques, Pergaud montre avec truculence les chasseurs maladroits, les pochards philosophes, les gamins turbulents et débrouillards, les paysans roublards ou les femmes qui jouent avec application le rôle que les hommes leur attribuent mais n'en sont pas moins les véritables décideuses. Les personnages sont d'une vérité criante. L'auteur se garde bien de les embellir ou de les enlaidir, il les décrit comme ils sont, drôles, émouvants et parfois cruels. 
Il faut lire Les Rustiques, ce qui n'empêche pas de se replonger dans La guerre des boutons, Le roman de Miraut, La vie des bêtes ou De Goupil à Margot.
Le seul regret que l'on puisse avoir est le nombre limité de livres de ce grand auteur mort sur le champ de bataille en avril 1915 à l'âge de 33 ans.
Louis Pergaud a écrit jusque dans les tranchées. Son épouse a pu récupérer son carnet. Le style y est lapidaire, l'endroit n'étant pas très propice à la création ni à la rêverie. Carnet de guerre (Mercure de France) est un texte d'une force incroyable qui nous livre un terrible témoignage de la guerre vue de l'intérieur.
Il serait temps qu' un éditeur réédite les oeuvres complètes comme l'avait fait Mercure de France en 1987. Pouquoi pas pour le centenaire de la mort de Louis Pergaud?
Sites à visiter: http://pergaudlouis.free.fr/  
                      http://www.maison-pergaud.com/